Santé

Témoignage transmis par le Docteur Martine DUPUY.

Ma première rencontre avec la sophrologie se fit en 1985 pour la préparation à l’accouchement de mon premier-né. Fraîche émoulue des études de médecine où la culture scientifique prédominait, séparant radicalement le corps de l’esprit, je tentais l’expérience avec prudence et circonspection. C’était à l’époque une sophrologie que je qualifie aujourd’hui « d’archaïque »: relaxation physique dans un environnement facilitant (immobile et allongé, lumière tamisée, musique douce…) favorisant un travail mental d’auto suggestion proposé par l’animateur (imagerie/discours sur la dilatation du col utérin à chaque contraction, suggérée d’une voix spécifique « envoûtante »). Pourtant, cette technique me surprit autant par sa simplicité (s’entraîner un peu chaque jour à partir d’une séance-type enregistrée) que par son efficacité au moment de l’accouchement (transformation d’une douleur musculaire subie en travail musculaire actif), et j’en retirais 2 grandes leçons :

  • le lien entre le corps et le « mental », concrètement vécu à cette occasion, méritait plus ample exploration, notamment dans son côté positif.
  • dans le cadre général de la santé, au lieu d’assister passivement aux soins qui lui sont prodigués, le « patient » a tout intérêt à devenir acteur de ce qu’il traverse. 

2 ans plus tard, une forme grave de cancer m’offrit de multiples occasions de mettre à l’épreuve de façon beaucoup plus large ce premier savoir-faire.

Il y eut autant de défis à relever que

  • d’explorations invasives (s’adapter à l’inconnu, rester détendue malgré la peur, l’inconfort et souvent l’incompréhension, attendre les résultats avec son cortège d’incertitude et de contretemps…),
  • de cures d’une chimiothérapie agressive (anticiper les cycles hospitalisations successives et les retours à domicile, traverser le mieux possible l’épreuve répétée et ses conséquences, affronter sa propre vulnérabilité dans l’épuisement),
  • de chirurgie lourde (se préparer positivement, devenir partenaire actif de la cicatrisation et de la ré éducation, accepter la transformation),
  • des séances de radiothérapie (affronter quotidiennement un danger impalpable dans des conditions de solitude et d’enfermement) … 
  • et de manière quasi permanente contenir l’envahissement des peurs, résister à la tentation du découragement, garder le moral envers et contre tout dans ces longs moments d’intense solitude qui peuplent la vie d’un malade.

De cette expérimentation « sauvage » mais ô combien salutaire, le malade/médecin que j’étais en tirait une autre grande leçon :

Même s’il est immobilisé, considérablement affaibli physiquement et moralement, même s’il « n’y croit plus », l’être humain a encore des ressources inouïes pour faire face à des situations extrêmement difficiles et reprendre pied dans son existence ! Le problème était que personne – ni le malade ni les soignants – n’en avaient conscience et ne savaient comment s’y prendre, en dehors de bons conseils. Cette sophrologie, même rudimentaire, offrait une voie à suivre, un moyen à la fois simple et formidable pour découvrir et mettre en œuvre ces ressorts, invisibles en temps ordinaire.

En 1990, dès que mon état de santé le permit, je débutais chez le Dr Yves Davrou une formation plus approfondie. C’était une sophrologie différente : longtemps assistant et traducteur du Pr Caycedo – créateur et fondateur de la Sophrologie – Yves Davrou avait développé à partir de ses propres recherches une sophrologie plus dynamique (pratiques uniquement assis et debout, relaxation tonique obtenue par la mobilisation active du corps), épurée dans le langage (termes compréhensibles par tous), plus libre et personnalisée (suggestion remplacée par la prise de conscience des imageries et discours intérieurs spontanément associés aux changements du corps) et plus complète (techniques spécifiques sur les émotions et perspective énergétique).

Cette formation, impliquant un travail sur soi, consolida ma santé, m’ouvrit des perspectives de survie à long terme et modifia radicalement ma pratique professionnelle de médecin généraliste.

Mais je rencontrais aussi, dans ses séminaires ouverts à tous, des enseignants, des sportifs, des artistes, des travailleurs sociaux et éducateurs, personnes de tous âges, handicapées ou non… tous curieux de découvrir ces nouvelles possibilités d’aide et enthousiasmés à l’idée de les adapter à leur métier ou intérêt respectif. Ce dynamisme collectif tout azimut constitue à lui seul la dernière leçon de cette histoire : 

Les ressources de la Conscience Humaine … (Capacités d’attention, de concentration, de perception, d’ajustement émotionnel et de motivation, d’amélioration de l’estime de soi, de mémorisation et d’anticipation, de construction de sens, comme de savoir se situer dans une histoire humaine…) … débordent largement le cadre thérapeutique, quand il s’agit d’aider l’Homme à se remettre Debout, aux commandes de sa propre vie.